La correction en presse magazine.

Les rédacteurs-réviseurs :

En presse magazine, qu’elle soit hebdomadaire, mensuelle ou d’une autre périodicité, le correcteur exerce ses talents sous l’appellation de rédacteur-réviseur et a le statut de journaliste. Il travaille, sauf exception (exceptions qui pourraient se multiplier dans les années qui viennent), sur place, au sein du service révision, quand il y en a un, service dont l’effectif peut aller de un ou deux à sept ou huit correcteurs, ou réviseurs. Le travail est souvent dense et le rythme soutenu. Les salaires sont de passables à corrects, en général pas réévalués ou très peu ces dernières années.

Le travail à domicile pour la correction de la presse périodique est peu répandu mais pas si rare, on peut penser qu’il est amené à se développer. Il est couramment pratiqué dans d’autres métiers de la presse (infographistes, maquettistes…). Des cas de sous-traitance ont été signalés…

Les sites Web des titres de presse sont parfois corrigés, souvent négligés. De même que le Web est le parent pauvre du papier du point de vue de l’investissement en temps et en moyens, ceux qui travaillent sur le Web, qu’ils soient en poste ou à domicile, sont presque systématiquement moins bien lotis que leurs alter ego du papier.

Certains titres de presse magazine se passent de correcteurs. On escamote le mot, la fonction spécifique, mais d’une façon ou d’une autre la correction est alors assurée par un ou plusieurs secrétaires de rédaction (SR). Il arrive aussi qu’on embauche un correcteur sous l’appellation de SR.

On observe ici ou là une discrète érosion des effectifs, ce qui accroît d’autant la charge de travail de chacun. Ce n’est pas d’une brûlante actualité, mais c’est une tendance : ici on remplace un plein-temps par un quatre-cinquièmes, là on ne remplace plus les congés maladie de moins de trois jours…

Autre tendance qui ne surprendra personne : la souplesse est de rigueur. Dans la presse magazine comme ailleurs dans le monde ultralibéral, on attend de chacun qu’il fasse ses heures et au-delà sans rechigner. La durée de travail normale est de sept heures par jour, mais dans pas mal de boîtes il est de bon ton de dépasser gentiment ces horaires mesquins sans avoir le mauvais esprit de s’en plaindre.
On attend cette même disponibilité de la part des salariés intermittents couramment appelés pigistes que la presse périodique consomme en grande quantité.


Les pigistes et intermittents de la presse :


Les titres de la presse magazine fonctionnent par nécessité avec un certain volant de travailleurs intermittents, qu’ils soient pigistes (la pige est une forme de contrat au jour le jour en usage dans la presse) ou en CDD, qu’on appellera ici sans distinction pigistes.
Le recours aux pigistes (correcteurs ou autres métiers : SR, maquettistes, infographistes, etc.) en remplacement (congés, maladie...) ou en renfort (bouclage, hors-série...) est une pratique courante qui permet de répondre aux contraintes liées à la presse. La presse magazine est ainsi à la fois un vivier d’emplois intermittents et un foyer de précarité.

Les pigistes tournent en général sur deux ou trois titres ou plus. Il n’est pas rare qu’un correcteur pigiste dans tel titre de presse périodique travaille par ailleurs à domicile dans l’édition ou corrige des rapports financiers pour une boîte de com au creux de l’hiver. Travailler de-ci de-là n’est pas sans charme, on peut apprécier de n’être pas enchaîné à la routine d’un travail à plein temps et ce peut être un choix, mais cette liberté a ses contraintes, et comme dans la fable on a tôt fait de découvrir la marque du collier.

Un pigiste doit se montrer disponible autant que possible, éventuellement du jour au lendemain, faute de quoi on fera moins appel à lui puis plus du tout (mesure de rétorsion invisible et efficace pour s’assurer la servilité d’un volant de remplaçants). Un pigiste n’est jamais malade, ne part pas en vacances (parce qu’il y a du boulot en ce moment…) et est, de fait, privé du libre exercice du droit de grève.

Les pigistes réguliers de longue date dans un même titre sont parfois titularisés à l’occasion d’un départ ou d’une réorganisation des effectifs, mais il est courant de rester pigiste pendant des années. L’incertitude chronique sur les revenus et l’emploi du temps, qui est la loi du genre (on connaît rarement son emploi du temps plus de deux ou trois semaines à l’avance), maintient le pigiste dans une relation de dépendance envers ses employeurs et les chefs de service qui le font travailler au gré des besoins.

Cette relation de dépendance a son expression en droit : un salarié intermittent qui considère que son employeur principal abuse des CDD depuis trop longtemps peut aller en justice et demander la requalification de son contrat en CDI.
Certains titres ont recours abusivement à un grand nombre de pigistes. Télérama a récemment été rappelé à l’ordre par l’inspection du travail et a dû embaucher, parmi les nombreux pigistes réguliers, deux CDI à temps plein. Le volume global des piges a diminué d’autant, c’était le but de la manœuvre mais cela n’a pas fait l’affaire des autres pigistes, qui aimeraient se stabiliser mais qui en attendant ont besoin de bosser…


La correction des sites Web et le travail à domicile :


Dans nos métiers de la presse et de l’édition comme ailleurs, le travail sur Internet et la possibilité de travailler à distance qui va naturellement avec est le cheval de Troie de la privatisation du travail et des dérégulations (statut, niveau de rémunération, horaires, etc.) qui l’accompagnent.

De façon générale, et à part quelques exceptions notoires, la correction des sites Web des titres de presse est négligée quand elle n’est pas inexistante – c’est le cas pour la plupart des titres. On compte sans doute sur une plus grande tolérance supposée du cyberlecteur aux fautes et coquilles.

Moindre exigence et conditions de travail dégradées vont de pair : horaires irréguliers (quelques heures par-ci par-là sept jours sur sept à domicile, pour le Point.fr), tarifs au rabais (les correcteurs pigistes du Monde.fr perçoivent pour un même travail dans les mêmes locaux 50 % de moins que les pigistes de l’édition papier), etc.

Par ailleurs, le travail à domicile (TAD) pour la correction des éditions papier de certains titres de presse périodique existe d’ores et déjà, on en voit quelques exemples ici et là sous diverses formes. À surveiller de près, car le travail en ligne pourrait bien se développer dans les années qui viennent, dans la presse comme dans d’autres secteurs, et l’on peut craindre une dégradation des conditions de travail. On sait ce qu’il en est dans l’édition et dans la com, où les correcteurs sont maintenant sommés de « travailler en indépendant » en adoptant le statut d’auto-entrepreneur, ce qui les prive des droits sociaux tels que l’assurance chômage, la retraite ou la formation s’ils n’y cotisent pas eux-mêmes et permet aux ci-devant employeurs devenus clients d’imposer leurs conditions sans se soucier du droit du travail.

En outre, auto-entrepreneur ou pas, chaque travailleur à domicile négocie seul à seul avec son employeur, en concurrence avec les autres salariés et avec pour seul arbitre la main invisible du marché du travail.



 
Noirlac - 2011